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3) Voyage d'étude de la laiterie de Koudougou au Sahel. Imprimer Email

A la découverte des zébus Goudalis et de la fabrication des bottes de foin.

Avec l'appui de ACORD (Agency for Cooperation and Research in Development) et du SEDELAN (Service d'Editions en Langues Nationales), deux éleveurs et la présidente de la laiterie de Koudougou ont effectué un voyage d'étude au Sahel, du lundi 8 septembre au jeudi 12.

Ce voyage avait un double objectif : aller à la rencontre d'éleveurs habitués à faire et à conserver du fourrage, et donc capables de bien nourrir leurs animaux toute l'année. Mais aussi, aller à la rencontre d'éleveurs possédant des zébus Azawaks et des zébus Goudalis.

Notre première étape nous a donc conduit à Aribinda, un village situé entre Djibo et Dori. Nous sommes allés chez Saga Maïga, un éleveur responsable d'un groupement « Azawak », c'est-à-dire un groupement d'éleveurs possédant quelques zébus Azawaks. Nous sommes arrivés le lundi en fin d'après-midi. Nous avons eu le temps d'échanger avec Saga avant que son troupeau ne rentre du pâturage. Nous avons admiré son troupeau. Ses taureaux et ses vaches Azawaks, et surtout son taureau Gir et sa vache Girando (qui au début de sa lactation donnait 15,5 litres de lait par jour). Il s'agit d'une race brésilienne. Saga est très content de ces animaux, qui s'adaptent bien au Sahel, mais qu'il faut être capable de nourrir abondamment. Mais comme nos amis éleveurs de Fada N'Gourma ont eu une mauvaise expérience avec des Girs et des Girandos, les éleveurs de Koudougou se sont davantage intéressés aux Azawaks. Bien que son taureau Azawak soit mort de maladie un mois après son arrivée à Aribinda, Saga reste très attaché à cette race. Ses vaches Azawaks lui donnent du lait, mais pas autant qu'il n'espérait. Parfois une vache Azawak peut lui donner 8 litres de lait par jour au début de la lactation. Mais souvent il n'obtient que 4 litres par jour.

Ce que nous avons surtout retenu de notre visite chez Saga, c'est l'importance du fourrage. D'après lui, c'est un gros travail. Mais cela en vaut la peine. C'est grâce à son fourrage, auquel il ajoutera du son de sorgho et du tourteau de coton, qu'il a des animaux en bonne santé, avec des mises bas assez rapprochées. Avec l'aide de 4 fils, il fabrique chaque jour environ 50 bottes de 10 à 12 kg d'herbe coupée verte, séchée un jour ou deux et stockée. Ce travail dure tout un mois, ce qui lui donne près de 1 500 bottes, soit plus de 15 tonnes de bon fourrage.

Quand nous sommes arrivés, Saga et sa famille avait déjà stocké quelques bottes de foin dans un de ses abris où il entrepose son foin. Le lendemain matin, nous avons vu un de ses fils faucher le foin (avec une faux !). Mais, ils utilisent aussi la machette (ou coupe-coupe) et la faucille, surtout là où l'herbe est moins haute. Nous avons vu aussi ses 5 ha de niébé fourrager. Le niébé était très beau. D'après Saga, il donne un très bon fourrage, et les graines sont très bonnes à consommer.

Au retour du champ de niébé, nous nous sommes fait les réflexions suivantes : « Le niébé est également une culture importante dans la rotation des cultures et la gestion de la fertilité des sols. Elle est, en particulier, capable de fixer l’azote atmosphérique, élément nutritif majeur nécessaire à la croissance de toutes les cultures. Là où les éleveurs manquent de terre, des alliances avec les agriculteurs devraient être possibles. Les agriculteurs seraient invités à améliorer la rotation de leurs cultures en y intégrant le niébé fourrager. Ils céderaient le fourrage aux éleveurs qui en échange leur offrirait une quantité proportionnelle de fumier. Ainsi, les agriculteurs aurait davantage de fumier pour faire du compost et nourrir leurs terres, les rotations seraient améliorées (avec enrichissement en azote), et les éleveurs obtiendraient le fourrage qui leur manque. Ce serait un premier pas significatif pour passer des « conflits » aux « alliances ». »

De retour à la maison, nous nous sommes entraînés à faire notre première botte de foin, en utilisant un simple trou pratiqué dans le sol. Un trou de 40 cm sur 70 cm, avec une profondeur de 50 à 55 cm, qui permet d'obtenir des bottes de 10 à 12 kg.

En plus des 1 500 bottes de foin et des feuilles de niébé fourrager, Saga stocke également des tiges de mil. En effet, seuls les animaux bien nourris se portent bien. Ils sont plus résistants aux maladies. Les vaches mettent bas plus souvent... Quant au vaches laitières, elles ont besoin de plus de nourriture quand elles donnent le lait : plus de fourrage, mais aussi davantage de tourteau de coton ou de son, voire de soja (un kilo de soja pouvant remplacé 3 kg de tourteau de coton). En saison sèche, pour qu'une vache zébu peule donne du lait, il faut lui donner au moins une botte de 10 kg de foin par jour, voire davantage si on le peut. Pour les Azawaks et Goudalis, il faut aller jusqu'à 2 bottes par jour pour obtenir 8 à 10 litres de lait par jour (plus quelques boites de son ou de tourteau de coton).

A Dori, nous avons rencontré Madame Barry qui a obtenu un prix du projet Azawak. En effet, en une année, avec 3 vaches laitières Azawaks, elle a obtenu 4 122 litres de lait (pour une durée de lactation moyenne de 10,5 mois). Elle aussi récolte beaucoup de fourrage. Elle donne 2 boites de tourteau de coton le matin à ses vaches laitières et deux le soir, et également 2 boites de son une fois par jour. Ses vaches lui donne 8 litres de lait par jour au début de la lactation, et 4 vers la fin.

Le mercredi matin nous sommes allés à Gorom-Gorom à la recherche des zébus Goudalis. Nous n'avons pas eu trop de difficulté pour rejoindre le troupeau où se trouvaient 2 génisses Goudali et une vache, au milieu de nombreux zébus Peuls et Azawaks. Nous avons eu plus de mal à joindre leur propriétaire, M. Alkassim Ag Attahir. Nous avons fini par le trouver à Dori !

Il nous a dit qu'il fait partie d'un groupement en lien avec le projet Azawak. C'est pour cela qu'il a surtout des zébus Azawaks. Mais que depuis une petite année il a maintenant 2 génisses et une vache Goudalis. Sa vache à mis bas le 26 juillet. Un mâle. Ce qui le réjouit beaucoup. Au début, sa vache Goudali lui donnait plus de 10 litres de lait par jour. Aujourd'hui, il préfère donner la plus grosse part au veau pour obtenir rapidement un taureau Goudali qui puisse monter ses vaches Peules ou Azawaks. Les animateurs du Centre de Promotion Rurale (CPR) de Diomga (à quelques kilomètres de Dori) lui ont dit que les Goudalis sont également excellents pour la viande. Qu'une vache Goudali bien nourrie met bas une fois par an. De plus, les Goudalis sont doux et acceptent toutes sortes de fourrages, même les plus pauvres. Il est tellement heureux avec ses Goudalis qu'ils nous a dit que si sa très bonne impression envers ces bêtes se confirmait, il allait abandonner les Azawaks au profit des Goudalis. Les éleveurs de Koudougou, intéressés, lui ont demandé où se fournir en Goudalis. Il a répondu qu'il avait commandé ses animaux à un ami qui se rendait au Niger, mais que de plus en plus, on pouvait trouver des Goudalis autour de Ouagadougou, voire au marché à bétail de Ouagadougou.

Enfin, au retour, nous nous sommes arrêtés chez le président de la FEB (Fédération des Éleveurs du Burkina), qui par chance se trouvait juste devant sa cour. Il nous a présenté rapidement sa ferme, puis nous nous sommes assis pour échanger. Les éleveurs de Koudougou ont dit combien ce voyage les a intéressés et convaincus de l'intérêt de la fauche et du stockage du fourrage. A leur retour au village, ils vont regrouper les voisins pour voir comment travailler ensemble pour obtenir beaucoup de fourrage. Ils pensent qu'ils auront déjà du fourrage cette année, et donc du lait toute l'année. Mais qu'aujourd'hui le temps presse, et que c'est surtout l'an prochain qu'ils pourront aller très loin. Et surtout, ils vont voir comment se procurer des Goudalis. Le président de la FEB, M. Boureima Diallo les a encourager. Il a répété ce que nous avons entendu souvent pendant ce voyage. Pas de bon élevage sans une bonne alimentation. Mais aussi, quand nous offrons une bonne alimentation à nos animaux, ils nous le rendent. Nous sommes heureux car nos bêtes se portent bien. Celles-ci sont alors généreuses en lait comme en viande. Il a terminé en disant qu'il était sûr que dans quelques années, on se rendra chez eux, à Koudougou, pour voir comment faire pour avoir du lait et des bêtes en bonne santé toute l'année.

Koudougou, le 13 septembre 2008
Maurice Oudet
Président du SEDELAN